Au mois de décembre 2019, des citoyens ont demandé à interpeller leurs élus.
L’interpellation à Léglise a eu lieu le 29 janvier 2020, l’interpellation à la province aura lieu le 21 février et la date n’a pas encore été fixée par la commune de Neufchâteau.

Voici le texte, commun, de ces trois interpellations.

Solidarité avec les migrants – Interpellation citoyenne

Contexte local

Depuis février 2019, des habitants-tes de la commune de Léglise ont constaté le passage de personnes d’origine étrangère à la frontière des communes de Léglise et Neufchâteau. Des campements précaires situés dans les bois aux alentours ont également été découverts. Ces campements faits de bric et de broc démontrent des conditions de vie indignes qui ne garantissent pas la sécurité, l’hygiène et la salubrité des personnes y vivant. Après avoir pris le temps d’aller à la rencontre de ces personnes, ces habitants-tes ont vite compris qu’il s’agissait de migrants, installés provisoirement dans l’espoir d’atteindre prochainement l’Angleterre.

Depuis, ces habitants-tes se sont transformés-es en citoyens et citoyennes solidaires. Ils-elles se sont organisés-es collectivement, et aujourd’hui se concertent et apportent de l’aide aux migrants par le dépôt de « caisses » à proximité des camps. Ces caisses contiennent des provisions, des couvertures et d’autres produits. Des habitants-es permettent par ailleurs aux migrants/tes de venir dans leur habitation prendre une douche et un peu de repos, le temps de recharger leur GSM.

Il est à noter que des enfants des villages aux alentours agissent également de leur côté, de leur propre initiative. C’est la preuve qu’ils et elles sont nombreux-ses à être touchés-es par la tragédie qui se déroule si près de chez eux-ou chez elles.

A noter également que des citoyens et citoyennes organisent régulièrement le ramassage des déchets dans les zones de camp.

Le collectif que je représente aujourd’hui est composé de citoyens et d’associations.

Nous vous remercions de nous accueillir aujourd’hui.

Nous espérons que vous prendrez la bonne mesure de ce qui nous préoccupe et que vous nous rejoindrez afin d’aider au mieux ces personnes migrantes.

Contexte national et international

Si les compétences en matière d’entrée, de séjour et d’éloignement des personnes étrangères sont fédérales, que l’intégration est une compétence régionale, les collectivités locales sont néanmoins un acteur-clé de l’accueil, de l’hospitalité et du respect du droit des migrants-es. Elles peuvent créer un cadre qui permette de sensibiliser leur population et d’améliorer l’accueil et le séjour des migrants-es qui résident sur leur territoire.

Les migrant-es – quel que soit leur statut de séjour (demandeurs d’asile, réfugiés-es ou sans-papiers) – doivent être considérés-es comme des citoyens-nes comme les autres.

La situation actuelle vécue par ces personnes en transit dans nos localités, dans notre commune, est très préoccupante. Elles ne peuvent actuellement compter que sur le soutien de quelques habitants-es. Cela va à l’encontre des principes universels de solidarité et de fraternité.

Il est un fait que les politiques européennes et belges en faveur de l’accueil et de la mobilité des réfugiés-es rendent la vie de ces personnes en transit de plus en plus difficile. Les mesures restrictives des institutions européennes et de ses Etats membres financés notamment par des fonds publics n’empêcheront jamais les personnes de migrer, elles compliquent et rendent plus violents leurs exils.

C’est indigne de nos valeurs, du respect de l’autre, de la prise en compte des raisons légitimes pour lesquelles de nombreuses personnes quittent leur pays, et parfois du droit international. Malgré les embûches, malgré le danger.

Les migrations ne cesseront pas, car les causes des départs (guerre, famine, dictature, pauvreté, …) existent toujours.

Les causes de départs restent les mêmes, peu importe les politiques d’ouverture et de fermeture des frontières.

Nous pensons qu’une aide coordonnée localement aux migrants-tes ne favorisera pas ce phénomène souvent dénommé « d’appel d’air ». Ce phénomène n’a d’ailleurs jamais été prouvé et est pour nous le reflet d’une parole populiste et xénophobe, attisant un autre phénomène reconnu de repli sur soi.

Faute de voies légales et sûres de migrations, les personnes migrantes séjournant sur notre territoire y sont par nécessité dans leur parcours migratoire. Elles sont là, temporairement. A nuancer sans doute car si elles connaissaient leurs droits, certaines pourraient changer d’avis et demander l’asile en Belgique (Exemple les MENA).

Aujourd’hui, le groupe de citoyens-nes se rend compte que son action de solidarité, pourtant indispensable en termes d’aide à des personnes vulnérables, ne peut se poursuivre sans l’aide des pouvoirs locaux, aussi pour leur propre sécurité.

Ils ne prétendent pas résoudre ce problème des migrations qui a une portée internationale, mais ils ne peuvent pas rester immobiles face à cette détresse humaine.

Nous pensons qu’il est de notre devoir de les aider.

C’est pourquoi, aujourd’hui, ils entreprennent cette démarche démocratique locale en activant leur droit à l’interpellation citoyenne.

Citoyens et citoyennes indignés-es

Les conditions de vie des personnes migrantes ne sont pas dignes d’un pays comme le nôtre.

La peur que nous avons d’être apparentés-es à des passeurs-ses et d’être un jour potentiellement considérés-es comme agissant dans l’illégalité au travers de notre action de solidarité nous révolte.

Nous avons appris qu’il existe pourtant une façon de procéder qui définit une zone neutre dans laquelle personnes migrantes et citoyens-nes sont protégés-es. La création d’une telle zone est indispensable dans la situation actuelle pour que la dynamique de solidarité perdure.

Le manque d’information sensibilisant à cette problématique sociétale au niveau local nous peine.

Le manque d’information à destination des migrants-es, et le manque de sensibilisation des migrants-es et des habitants-es pour le bien vivre ensemble nous inquiète.

Tout ceci réunit, entraîne malheureusement des positionnements individuels de repli sur soi, de racisme, de xénophobie et/ou d’indifférence.

Interpellation

Voici donc l’objet de notre interpellation :

Les besoins des personnes migrantes de passage sur le territoire communal sont d’autant plus cruciaux en cette période hivernale, tant en terme de contacts sociaux, d’abri, d’hygiène, de vêtements, de nourriture et d’accès aux soins.

Voici donc notre question :

Face à l’urgence et aux besoins identifiés, nous demandons un réel appui moral et logistique des pouvoirs locaux que sont la Commune, la Police, le CPAS, et le Plan de Cohésion Sociale, pour, ensemble, répondre à cette problématique. Concrètement, comment cet appui moral et logistique peut-il se mettre en place dès à présent de façon concertée – pouvoirs locaux et citoyens-nes pour soutenir la dynamique solidaire et collective, sécuriser l’action des citoyens-nes et surtout aider ces personnes migrantes ?

Les associations ayant accepté de soutenir et de relayer cette interpellation citoyenne 

COLUXAM (Coordination Luxembourgeoise Asile et Migrations)

Amnesty International

CAL-Luxembourg

Centre des Immigrés Namur-Luxembourg

CNCD-11.11.11 Luxembourg

CRILUX

Entraide et Fraternité- Action Vivre ensemble

Les équipes populaires

MOC

Interpellation citoyenne des communes de Léglise, Neufchâteau et de la Province de Luxembourg
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